Pour un premier voyage au Costa Rica, nous avions décidé, ma conjointe et moi, de choisir un établissement hôtelier sur la côte Pacifique et de rayonner autour pour découvrir les paysages, la flore et la faune d’une partie de ce merveilleux pays dont la richesse de la faune aviaire est vantée par la communauté des naturalistes en général et des ornithologues en particulier.
Le choix du complexe touristique et club Punta Leona, à proximité du Parc national de Carara, nous apparaissait comme une bonne destination pour les botanistes et les ornithologues que nous sommes. Bien que je pourrais vous entretenir de toutes les espèces observées durant notre bref séjour, j’ai plutôt choisi, dans cet article, de vous faire part de la présence sur le site de notre hébergement d’une population importante d’Aras rouges (Ara macao).

Aménagement paysager dans le sentier menant aux chambres, Hôtel Punta Leona, Costa Rica, Février 2025
L’Ara rouge, une espèce menacée au Costa Rica
Ce grand perroquet au plumage multicolore fait parte des 17 grandes espèces de Psittacidés encore existantes. On les appelle communément des aras ; ceux-ci vivent dans les forêts tropicales de l’Amérique centrale et du Sud, du Mexique au Brésil. Les différentes espèces d’aras sont classées en six genres. Le genre Ara dont fait partie l’Ara rouge est l’une des neuf espèces présentes dans les forêts tropicales du Nouveau Monde. On trouve également, au Costa Rica, une autre espèce sur le côté de l’Atlantique, l’Ara de Buffon (Ara ambiguus) dont le statut de conservation est considéré pour l’ensemble de l’Amérique en situation critique d’extinction. C’est une espèce que nous n’avons pas observée, car nous sommes restés sur la côte Pacifique lors de notre voyage.

L’Ara rouge occupait autrefois environ 85% du territoire costaricien. Cette espèce fort appréciée des collectionneurs et éleveurs d’oiseaux exotiques a subi une forte pression des braconniers locaux au Costa Rica qui n’hésitaient pas à piller les nids pour y subtiliser les œufs et les jeunes oiseaux pour les revendre sur le marché noir des espèces exotiques. Cette pratique était assez répandue, car un seul poussin d’ara pouvait valoir, il y a quelques années, entre 300 et 400 dollars américains. Autre facteur ayant joué un rôle important dans la chute de la population de cette espèce est la déforestation et l’exploitation forestière en particulier, qui prélève les plus gros et vieux spécimens d’arbres dont les perroquets ont besoin pour y installer leur nid.
Au début des années 1990, des recensements préliminaires effectués par un groupe de scientifiques ont conclu que la population d’Aras rouges, si la tendance se maintenait, serait en voie d’extinction d’ici quelques décennies.
Le biologiste Christopher Vaughan, qui étudie ce perroquet dans le cadre du Programme régional de gestion de la faune sauvage de l’Université nationale du Costa Rica, a réuni une quinzaine de personnes en octobre 1994 sur les sites du club Punta Leona avec la collaboration de l’architecte Eugenio Gordienko, propriétaire de l’hôtel, pour promouvoir la conservation in situ de l’Ara rouge.
Parmi la quinzaine de participants, il y avait des dirigeants et des entrepreneurs locaux, des employés de l’hôtel, des enseignants, des scientifiques, un garde forestier voisin du parc national de Carara, voisin du Punta Leona, et même de deux « laperos » locaux.
Après deux jours de discussions, le groupe a convenu de créer un regroupement voué à la protection des perroquets : La Asociación para la Protección de los Psitacidos (LAPPA). Pour ce faire, les membres de cette association ont conclu que les principaux enjeux étaient de mieux sensibiliser les communautés locales pour la protection de l’Ara rouge et des autres perroquets, de trouver un moyen de mettre fin au braconnage des nids et de la destruction de l’habitat. La campagne de sensibilisation pour y arriver passerait par les écoles locales et le renforcement des capacités institutionnelles pour la protection des nids. L’idée générale véhiculée par cette association était que les actions pour la protection de l’Ara rouge et des autres perroquets contribueraient à la pérennité de l’espèce, à la croissance économique et à la promotion touristique de la région, tout en contribuant à la prospérité sociale et environnementale pour les communautés locales.
Évidemment pour nous, touristes, cette démarche de conservation n’était pas connue lors de notre réservation dans ce site touristique protégé mais accessible à toute la population locale. Par contre, il nous est apparu évident, dès la première journée, que l’Ara rouge était une espèce d’une abondance relative exceptionnelle sur le site de cet hôtel.
Une abondance relative élevée sur le site de Punta Leona
Les Aras rouges se manifestent tôt le matin au-dessus de nos chambres, car celles-ci sont construites sous la frondaison de grands arbres qui sont fréquentés par de nombreuses espèces aviaires et de singes. Si les merveilleuses couleurs qui ornent le plumage de ces grands perroquets d’environ 90 cm de longueur et de 900 grammes à 1,5 kg de poids sont attrayantes, les cris de ces oiseaux sont plutôt désagréables. Le bon côté de la chose, c’est qu’ils nous incitent à nous lever tôt pour entreprendre nos excursions ornithologiques.
Si l’espèce est si abondante dans le périmètre de l’hôtel et du club Punta Leona, ce n’est pas un hasard, mais bien la volonté des responsables du site, des chercheurs associés à sa conservation (Université nationale du Costa Rica) et des membres de Lappa pour accroître la population présente de cet endroit (la région Carara Tarcoles dans la province de Puntarenas sur le versant Pacifique) où à l’origine, les observateurs recensaient une population de 300 individus (1994).

Ara rouge se nourrissant de fruits du Anacardium exelsum.
Les responsables de l’hôtel et du club ont reboisé une partie de ce vaste terrain avec des espèces d’arbres fréquentées par les Aras notamment des Terminalia, Erythrina, Anacardium, Enterolobium, Pithecellobium et Tabebuia, pour ne nommer que ces quelques espèces qui sont appréciées pour l’alimentation et leur nidification. Autre action remarquable, le site accueillait une pépinière de production permettant aux communautés locales de s’approvisionner en arbres utiles pour l’Ara rouge. Des nichoirs ont également été installés sur de grands arbres de cette propriété et, en 2016, le docteur Vaughan a installé des caméras dans plusieurs de ceux-ci pour surveiller les activités des oiseaux et en apprendre davantage sur leur cycle de reproduction. En général, on savait relativement peu de choses sur le cycle biologique et écologique de l’espèce pourtant assez connue. Comme les images des caméras des différents nichoirs sont disponibles sur le site du club et hôtel Punta Leona, les usagers curieux et les scientifiques de partout à travers le monde peuvent suivre les péripéties de la nidification et des soins parentaux de plusieurs Aras rouges en temps réel.
Grâce à la mobilisation des principaux intervenants, la population d’Aras rouges de la région du Pacifique a augmenté de plus de 50% passant de 300 individus en 1994 à 687 en 2022.

Un couple d’Aras rouges inspectant un nichoir installé sur le site de l’hôtel Punta Leona.

Capture d’écran du site Web de l’Hôtel et Club Punta Leona pour observer les Aras rouges dans les nichoirs.
Durant notre séjour, l’Ara rouge a été fréquemment observé en vol en couples et une fois, un couple qui semblait visiter un nichoir était accompagné de deux autres aras postés un peu plus haut sur le même arbre. S’agissait-il des jeunes d’une nichée précédente ? Nous ne le savons pas. Nous savons, par contre, qu’au Costa Rica, la saison de reproduction s’étend d’octobre à avril. Donc, la visite d’un nichoir en prévision d’une nidification prochaine est tout à fait possible en janvier et février et qu’il est également fort possible que les jeunes oiseaux de l’année précédente suivent leurs parents encore à cette date.

Un couple d’Aras rouges inspectant un nichoir installé sur le site de l’hôtel Punta Leona.
Selon les informations colligées par le site Birds of the Word du Laboratoire d’ornithologie de l’Université Cornell, la saison de reproduction de l’Ara rouge varie selon la latitude, la saison des pluies et la disponibilité des fruits dans chaque région du continent américain. L’espèce qui se retrouve dans des écosystèmes forestiers tropicaux à feuillage sempervirens et riverains, son aire de répartition va du sud du Mexique jusqu’au Brésil, entre le niveau de la mer et 1 000 m d’altitude.
En moyenne l’espèce pond un ou deux œufs (entre 1 et 4 œufs) dans des cavités naturelles qui sont soit des trous naturels, l’emplacement d’anciennes branches cassées ou soit des cavités creusées par des pics et, plus rarement, leurs propres cavités creusées dans des troncs au bois mou. Ils nichent également dans des nichoirs spécialement construits pour les grands perroquets et installés par les humains sur de grands arbres. L’incubation dure de 24 à 28 jours. À la naissance, les parents les nourrissent quatre à 15 fois par jour. Ils restent au nid pendant 120 à 137 jours avant leur envolée définitive qui survient entre 97 et 140 jours. Ils demeurent dans le groupe familial nucléaire pendant près d’un an, jusqu’à ce que le couple recommence à nicher.
Les jeunes n’atteindront leur maturité sexuelle qu’à l’âge de trois ou quatre ans.
Le régime alimentaire se compose de fruits, de graines, de gousses, de pousses de feuilles, de fleurs et parfois d’insectes. Il se nourrit d’environ 125 espèces de plantes.
Dans une étude portant sur 14 nids d’Aras rouges observés, 9 nids ont produit avec succès un ou deux jeunes. Sur les 21 oisillons, 10 ont pris leur envol, 4 sont morts de malnutrition apparente et 7 ont été victimes de prédation. Au Costa Rica, le taux de renouvellement entre 1990 et 1992 variait entre 6,2 % à 10,2 %.
Avec des initiatives comme le propose La Asociación para la Protección de los Psitacidos (LAPPA), ce taux ne peut que croître au plus grand plaisir des amateurs locaux et des touristes.
Bibliographie
Collar, N., PFD Boesman et CJ Sharpe (2020). Scarlet Macaw (Ara macao), version 1.0. dans Birds of the World (J. del Hoyo, A. Elliott, J. Sargatal, DA Christie et E. de Juana, éditeurs). Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY, États-Unis.
Elizondo, Laura, The Scarlet Macaw in Costa Rica’s Central Pacific Region: A Story of Community Participation and Conservation, Jun 15th 2023: https://earth.org/scarlet-macaw-conservation/