Nouvelle vie dans Argenteuil

Alain nous présente Argenteuil. Infaucon - Vol.38 # 1 (Automne 2025) Un texte de Alain Balleux

Ça faisait longtemps que je ne m’étais pas arrêté à prendre un peu de temps sur le clavier. Vous, les membres avec plus d’ancienneté, vous me connaissez déjà. Pour les plus neufs que je connais moins, laissez-moi vous aviser de l’aventure que vous risquez de vivre en me lisant. Je ne suis pas tellement scientifique dans mes propos, en fait, pas du tout. Je ne me prends pas non plus au sérieux en ornitho! En fait, je ne me prends jamais au sérieux, peu importe le sujet. Je m’amuse dans ce que je fais en général. Ne soyez donc pas trop surpris par mes  propos et ne m’en voulez pas trop svp.  Allons-y donc pour ce nouveau chapitre.

L’an dernier à cette date, Danielle et moi, emménagions dans notre nouvelle demeure à Lachute.

Ben oui, Lachute! Les lois du marché immobilier nous ont fait faire un p’tit croche imprévu vers le nord-ouest. On ne le regrette nullement pas, cela dit. Pour info, Lachute, sur une carte, ça se trouve dans le coin supérieur gauche, genre le nord-ouest de Laval.

Bref, on s’est un peu éloignés de l’action de la grande ville. Qui dit éloignement, dit aussi rapprochement avec le monde de l’ornitho. Des espèces qu’on voyait un peu moins au village sont soudainement apparues plus souvent dans le viseur de nos jumelles ou de mes caméras. Du pur bonheur!

Notre sentier de service

Dans notre nouveau chez-nous, on n’a qu’à marcher une centaine de mètres pour être dans la forêt. Ce que l’on appelle maintenant notre petit sentier de service doit avoir 2-3 km et est rempli d’oiseaux de toutes sortes. Été comme hiver. Imaginez un peu le printemps! L’été dernier – en 2024 – je me souviens qu’une journée de juillet, on a décidé de faire le tour de notre sentier. Je me souviens qu’on avait déjà remarqué plus de Pics maculés que de Pics mineurs. C’est juste des pics, vous me direz, mais bon. Dans ma vie de jeune observateur d’oiseaux, c’était déjà très agréable. Toujours est-il qu’on marchait tranquillement la tête en l’air, à gauche, à droite au rythme des différents sons qui s’offraient à nos oreilles, lorsque tout à coup, sur notre droite, bien en vue, un Passerin indigo avait bien des choses à nous raconter. On a rapidement compris que non loin de son « spot », il y avait probablement un nid douillet dans lequel sa blonde devait couver ou quelque chose du genre. On n’a pas trop niaisé et on s’est poussés pour les laisser tranquilles.

Passerin indigo – Juillet 2024.

Un boisé qui ne donne pas sa place

Le Boisé Von Allmen ne donne pas sa place non plus. Situé à quelques kilomètres de chez nous, celui-ci est tout près de la rivière des Outaouais. On peut y faire une bonne marche sur une piste cyclable en asphalte partageable et/ou dans des sentiers plus boisés et moins utilisés, qui doit-on le mentionner, sont « paquetés » de vilains maringouins qui adorent se délecter de mon beau p’tit corps. Les différents marais qui le couvrent sont remplis de plein d’espèces d’oiseaux que j’adore. Je l’avais jugé tranquille l’an dernier quand on l’a trouvé, mais depuis ce printemps, je ne m’en passerais plus, le connaissant un peu mieux.

Tiens, l’autre jour, genre début juin entre deux pluies, je pars faire ma tournée. Une routine de thérapie devenue toute naturelle et très nécessaire, je trouve. Faque, à un certain moment, – mon ami Merlin, et moi aussi d’ailleurs, parce que mon oreille s’améliore de plus en plus – ben en fait, tous les deux on se met à capoter un peu beaucoup. En plus des traditionnels Merle d’Amérique, Viréo aux yeux rouges en quantité industrielle, Viréo mélodieux, Parulines jaunes, masquées, à flancs marron, à croupion jaune, couronnées, Grive fauve, ben, juste en face de moi, il y a une conversation très intéressante qui déferle entre un Oriole de Baltimore, un Cardinal à poitrine rose, un Pioui de l’est et pour finir, un Piranga écarlate. Je n’ai pas trop compris le ton de la discussion, mais je vous jure que j’ai pris tout mon temps pour les observer tranquillement. Ils étaient quand même assez haut dans les airs mais tout de même bien visibles. L’état de la pousse des différentes feuilles composant les arbres présents et le mouvement continu de ces merveilleux êtres m’ont toutefois empêché d’utiliser mon appareil photo à bon escient, mais bon, mes yeux furent comblés.

Grive fauve – Mai 2025.

Ah oui, un autre fait intéressant qui s’est passé un peu plus tôt au printemps, on avait aussi entendu un chant inhabituel à nos oreilles. Après quelques répétitions, Danielle savait déjà et évidemment, moi pas tellement, puisque je ne l’avais jamais entendu auparavant, mais j’étais attentif et surtout, on tentait de se rapprocher de la cible tout doucement, parce que pour déclarer un « lifer » ou primecoche en latin, je préfère voir l’oiseau que seulement l’entendre. C’est une loi non écrite que j’essaie de suivre à la lettre en tant que jeune observateur. Bref, le son se rapprochait et s’éloignait à une vitesse assez folle. Cette p’tite Paruline, ben oui une autre, était assez excitée et surtout très vocale. À un certain moment, pendant que Danielle tentait de la repérer avec ses jumelles et que moi je faisais autre chose – en fait, me souviens plus quoi exactement mais pas trop d’importance dans l’histoire – je l’ai vu passer tout près de Danielle, genre à la hauteur de ses genoux. Danielle s’est retournée tout doucement, moi aussi. Même pas besoin de jumelles, elle était là à une dizaine de pieds à picorer dans le marais et en nous ignorant, presque. Une belle Paruline des ruisseaux! Quel beau bonheur. Les portraits ne sont pas les plus clairs, parce que ça aussi, j’essaie d’apprendre à travers mon travail, qui est encore à temps plein.

Paruline des ruisseaux – Mai 2025.

En hiver

L’hiver n’est pas en reste non plus, chez nous. Les espèces d’hiver habituelles y sont bien présentes. Ce que j’ai le plus apprécié l’hiver dernier, à travers la p’tite « tourmente de santé » qui est passée, c’est probablement l’abondance de Plectrophanes des neiges… J’utilise le mot « abondance » parce que je n’en ai pas trouvé d’autres plus approprié. Nous avons trouvé un « spot » où le gentil cultivateur laisse traîner à l’air libre un géant tas de maïs moulu pour ses besoins agricoles. En fait, plus les besoins de son troupeau. On dirait un tas de bran de scie au loin. Bref, les plectros adorent cela et se tiennent dans ce coin en groupe, en gros groupe. Un jour, mon ami Alain D. est passé me voir pour m’aider dans mon job de pelle interdite durant ma convalescence et nous sommes allés y faire un tour, puisque ce n’est qu’à une dizaine de minutes de chez nous. Maintenant que j’y repense, une chance qu’il faisait quand même froid parce que je me dis que s’il y avait eu des mouches, il en aurait avalé quelques-unes. Sa bouche ne fermait juste pas. Il y en avait tellement cette journée-là! Nous sommes sortis du véhicule, Alain, armé de sa caméra et moi de mes jumelles pas « pésantes » et nous avons admiré le spectacle et écouté le magnifique son de la chorale. C’était génial. Pendant que j’entendais les cliquetis de l’appareil photo, je me suis affairé à produire un feuillet eBird en bonne et due forme. Il y avait aussi quelques autres oiseaux alentour…Rendu aux Plectrophanes des neiges, j’ai dit à Alain : « J’en mets combien? 500? » et lui de me répondre sans même se tourner, en continuant d’admirer le spectacle : « Ben, au moins 1000, c’est certain! » Il était très sérieux. eBird n’a pas accepté ce chiffre, j’en ai donc mis 500, mais il y en avait un méchant paquet, ça, je peux le confirmer. À travers le lot, il y avait aussi quelques Plectrophanes lapons, probablement dans les mêmes proportions que d’habitude par rapport aux plectros des neiges, mais je ne pourrais confirmer parce que, comme ses cousins des neiges, les lapons ne restent jamais en place ben longtemps eux non plus. Un autre pur bonheur!

Plectrophanes des neiges – Février 2025.

On a aussi pu voir à une autre occasion des Alouettes hausse-col en assez bonne quantité à une autre place que je garde secrète pour éviter les hordes de photographes qui ont un peu de misère à respecter l’intimité des oiseaux.

Alouette hausse-col – Janvier 2025.

J’ai aussi essayé d’impressionner mon ami Guy C., qui lui aussi était venu me donner un p’tit coup de main ou de pelle, après la tempête du millénaire pendant laquelle il est tombé plus de 80 cm de neige sur Lachute et les alentours, mais quand on a essayé de faire ma « trail habituelle » d’hiver, nous avons dû tout simplement rebrousser chemin, parce que les routes étaient simplement fermées parce que juste trop de neige, mais à hauteur de la taille, genre. Chez nous, quand il y a trop de neige dans les rangs, ça a l’air qu’on fait autre chose que de les dégager. Quand vous aurez une chance, parlez à Guy de l’hiver torride de Lachute, dont il a pu être témoin dans le coin. Il pourra corroborer, j’en suis certain!

En hiver ici, il y a aussi quelques « dompes », dignes de mentions et surtout pleines de Goélands bourgmestres, arctiques et autres… On a aussi une place de compostage pleine de rapaces. Pygargues à tête blanche y séjournent en groupes de… plusieurs. Une fois, on en a vu cinq en même temps, et pas trop loin, en plus. Quelques buses d’hiver sont aussi présentes ainsi que quelques espèces de goélands. Ça aide à apprécier les dompes, je trouve.

Petite Buse – Avril 2025.

On a aussi eu l’occasion de faire la connaissance d’une Petite Buse que je tenais aussi à vous présenter. Chez nous, on a aussi un p’tit couple de Colibris à gorge rubis, je vous présente Hector, le mâle.

Colibri à gorge rubis, attrapé au cellulaire – Mai 2025.

Espèces absentes

Pour être tout à fait intègre dans ce récit, je me dois aussi d’avouer que pour trouver des Harfangs des neiges, j’ai dû me déplacer un peu à l’est, dans Mirabel pour en apercevoir. Pis en été, ça nous a été confirmé à quelques reprises déjà, une Grande Aigrette, c’est rare comme de la m… de… Non, je n’irai pas là en ces moments de difficultés spirituelles qui nous surplombent. Bref, on doit s’expatrier un brin pour en voir, même si je cherche encore. Heureusement, je passe par chez ma mère régulièrement sur la Rive-Sud et je m’arrête toujours au Parc de la Frayère pour en faire le plein.

Un peu partout

Je ne peux malheureusement pas vous répertorier tout ce qui se passe dans le secteur, mais c’est rempli de sites très intéressants. Nous ne sommes qu’à un jet de pierre ou deux du Parc National de Plaisance (je sais, ce n’est plus dans Argenteuil, mais plutôt dans Papineau) où il y a tellement de sites aussi intéressants les uns que les autres et ce, à n’importe quelle saison. On n’a pas encore exploré tous les racoins du secteur, mais dans le nord, il y a aussi une couple de places perdues, seulement connues par les « locaux », qui ne sont pas nécessairement très intéressés par les oiseaux…

Dernier fait intéressant à noter à propos d’Argenteuil, c’est qu’il n’y a pas beaucoup d’observateurs d’oiseaux au pouce carré. À preuve, pendant une couple de mois, Danielle et moi nous sommes retrouvés en tête des espèces et listes déclarées dans eBird pour Argenteuil. Tout un succès, je vous dis. À Laval, je ne suis jamais sorti dans les 100 premiers. C’est tout dire. C’est tranquille et on aime ça de même.

Au printemps, nous sommes aussi allés passer quelques jours à Rimouski, non loin de la fameuse roche à Alain, avec lui et Monique. Je vous en reparle, si la rédac cheffe me laisse un peu d’espace prochainement. Nous sommes aussi allés passer quelques jours à Niagara-on-the-Lake, question de faire des grimaces aux « amérécains » de l’autre côté du trou d’eau qui sépare les deux contrées, mais surtout d’aller observer quelques espèces. Faudrait bien que je fasse un petit papier là-dessus aussi. Faudra voir…

Alain Balleux

Membre du COOL, plus actif dans le temps que maintenant.