Introduction
La famille des Ictéridés, qui compte 30 genres et 106 espèces, toutes en Amérique, comprend des espèces assez connues comme l’Oriole de Baltimore (Icterus galbula), le Carouge à épaulettes (Agelaius phoeniceus), le Vacher à tête brune (Molothrus ater), l’Étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), le Quiscale bronzé (Quiscalus quiscula) et le Goglu des prés (Dolichonyx oryzivorus), pour ne nommer que ces oiseaux qui fréquentent le sud-ouest du Québec.
Parmi les espèces citées, l’Oriole de Baltimore se distingue par le coloris de son plumage et par le fait que la femelle construit seule un nid tressé de fibres végétales, de poils et de ficelles, en forme de bourse camouflé dans les hauteurs d’un peuplier ou d’un Orme d’Amérique pour mettre sa couvée à l’abri des prédateurs.
Mais ce n’est pas la seule espèce de cette famille qui tisse des nids de fibres végétales suspendus sur les plus hautes branches d’un arbre. Ce type d’ouvrage « d’art » se rencontre également chez les neuf espèces de Cassique ou Montezuma Oropendola du genre Psarocolius, que l’on trouve en Amérique centrale et en Amérique du Sud, ainsi que dans la plupart des espèces aviaires du genre Cacicus. Au contraire de l’Oriole de Baltimore, les Cassiques et les Oropendolas nichent en colonies pouvant compter de 20 à 100 nids, et plus, dans le même arbre.
Les différentes espèces de Cassiques au Costa Rica
Au Costa Rica, on peut observer cinq espèces, que l’on nomme populaires, de Cassiques ou d’Oropendolas : le Cassique à bec jaune (Amblycercus holosericeus), le Cassique huppé (Psacocolius decumanus), le Cassique à bec mince (Cacicus uropygalis) le Cassique à tête brune (Psarocolius wagleri) et le Cassique de Montezuma (Psarocolius montezuma).
Cette dernière espèce est un oiseau assez commun du versant atlantique du Costa Rica qui a colonisé depuis une cinquantaine d’années à partir du nord ouest du pays un partie de plus en plus importante du versant Pacifique. Sa distribution actuelle couvre le sud-est du Mexique jusqu’au centre du Panama. Cette espèce se rencontre du niveau de la mer
jusqu’à une altitude de 1 500 m au Costa Rica. C’est de cette espèce que je veux vous entretenir, car nous l’avons assez bien observée lors de nos séjours au Costa Rica où nous avions posé nos valises. De plus, leCassique de Montezuma nichait à proximité de notre lieu d’hébergement.

Cassique de Montezuma (Photo: Daniel Fortin).
Le Cassique de Montezuma se distingue d’une autre espèce bien présente au Costa Rica, le Cassique à tête brune (Psarocolius wagleri) d’abord par sa plus petite taille (le mâle ne fait que 36 cm et la femelle, 28 cm) et par sa tête entièrement emplumée, dépourvue de la peau faciale nue bleue et rose, ainsi que par son bec gris-blanchâtre.
Alimentation
Comme la plupart des espèces de la famille des Ictéridés, le Cassique de Montezuma est omnivore, se nourrissant principalement d’arthropodes (araignées et orthoptères) et de petits vertébrés (grenouilles et lézards), de fruits (les bananes), de graines, de fleurs (chatons de Cecropia sp et Marcgravia sp.) et même de nectar. C’est aussi un prédateur de
jeunes oiseaux et de petits mammifères. Comme la plupart des oiseaux, les jeunes oisillons sont nourris de petites proies carnées ainsi que de quelques fruits.
L’espèce se nourrit principalement dans la canopée d’arbres de taille moyenne à haute cherchant parmi le feuillage, les épiphytes, les crevasses des écorces ou sous les branches les insectes et les petits animaux qu’il convoite. Je l’ai vu chercher à ouvrir une termitière sise sur un tronc pour, probablement, se nourrir des occupants.
Cassique de Montezuma qui s’alimente dans la canopée des arbres (Photo: Daniel Fortin).
Les oiseaux de cette espèce se nourrissent généralement en petits groupes, notamment les femelles qui sont souvent accompagnées d’un ou plusieurs mâles. Mais certains mâles sont assez souvent observés se nourrissant seuls. On les voit quelquefois s’alimenter avec d’autres espèces de taille plus ou moins similaire : Barbacou à front blanc (Monasa
morphoeus), Coracine noire (Querula purpurata), Cardinal à ventre blanc (Caryothraustes poliogaster, Cassique à tête rouge (Psarocolius wagleri) et le Cassique à dos rouge (Cacicus uropygialis).
Comportement sexuel et nidification
Le Cassique de Montezuma se reproduit en colonies assez denses qui peuvent compter jusqu’à 130 nids suspendus [moyenne de 24 nids] sur un même grand arbre à canopée disjointe de 12 à 30 mètres de haut. Ce site est assez particulier, car la majorité des structures tissées (près de 88% selon un chercheur) ne semblent pas disposées au hasard mais plutôt installées en groupes distincts. Il faut savoir que cet oiseau est polygyne, c’est-à-dire qu’un mâle s’accouple avec plusieurs femelles. Les mâles de cette espèce défendent, dans la colonie, des groupes de femelles sexuellement réceptives qui se regroupent ou, peut-être sont regroupées par le mâle, durant la confection des nids pour mieux les surveiller ou, du moins, pour se réserver la copulation. Le mâle alpha exclut physiquement tous les mâles de rang inférieur de la colonie ou, probablement d’une partie de la colonie, soit son groupe distinct ou « harem », si l’arbre accueille de très nombreux nids. Plus ces derniers sont nombreux, plus le nombre de mâles concurrents augmente (Webster, 1995).

Nids de Cassiques de Montezuma dans un grand arbre isolé (Photo: Daniel Fortin).
Les observations de Webster (1994) semblent cependant indiquer que le succès de reproduction du mâle alpha dans un groupe distinct sous sa surveillance est largement supérieur à celui des mâles de rang inférieur [77% des 88 copulations observées ont été effectuées par le mâle alpha. Dans un autre article (Webster, 1995), ce même auteur souligne que 90 à 100 % des copulations observées dans un groupe distinct sous surveillance serait l’œuvre d’un mâle alpha.
La construction du nid, toujours par la femelle, au sein d’une colonie, qui précède la reproduction, n’est pas synchrone [toutes les femelles ne se reproduisent pas en même temps); par contre, toutes celles qui forment un groupe distinct ou «harem» d’un mâle alpha ont une ponte synchrone. Les mâles alpha se concentrent sur la partie ou les parties contenant le plus grand nombre de femelles nidificatrices associées à leur propre « harem ». D’autre part, les femelles se reproduisant en groupe distinct commencent à nicher 10 à 14 jours avant celles qui nichent en solitaires.
Le regroupement des nids pourrait être une stratégie pour mieux « contrôler » les femelles réceptives par un mâle alpha. Le chercheur Webster que le système d’accouplement du Cassique de Montezuma est plus proche de celui des mammifères polygynes que de celui de la plupart des autres oiseaux polygynes (Webster, 1994).
Un nid particulier
Le nid est construit par la femelle seule et est fixé sur une branche généralement terminale. Celui-ci est tissé de fibres végétales obtenues notamment en découpant de minces bandelettes sur de larges feuilles de palmiers comme nous l’avons observé à Punta Leona. Une femelle Cassique commence par enrouler le bout d’une longue bande, autour d’une petite branche souple. L’oiseau retient parfois le bout de cette bande contre la branche avec une patte pendant qu’il manipule le bout libre de cette bande avec son bec. Il la fixe en poussant l’extrémité la plus courte dans la partie enroulée, réalisant ainsi une demi-clef. L’oiseau saisit alors l’extrémité la plus longue et la ramène vers le premier nœud en formant un cercle. La femelle peut répéter le même manège avec plusieurs bandes au même endroit. Le cerceau ainsi formé, d’environ 60 à 70 cm de circonférence, sera l’entrée du nid. À partir de cette ouverture, il tisse les murs, suspendu à l’envers et travaillant de l’intérieur; il se sert de son bec pour enfoncer les fibres les unes sous les autres, puis saisissant délicatement l’extrémité libre, l’oiseau la tire jusqu’à ce que le brin soit serré. Cela crée une structure uniforme et dense formant un tube tissé de plus d’un mètre de longueur. Alors la femelle ramènera les fibres vers l’intérieur et scellera ainsi le fond. La sortie du nid et donc au sommet du tube.

Cassique de Montezuma femelle en train de récolter du matériel de tissage dans un palmier (Photo: Daniel Fortin).
Comme plusieurs nids sont regroupés au sein d’un arbre, [plus rarement des arbres] en un groupe distinct ou « harem », plusieurs structures sont rapprochées sur une même branche. Ce regroupement occasionne de nombreux échecs de nidification, car il entraîne fréquemment la rupture des branches, contribuant à la perte des nids. Entre 19 et 32 % des nids sont tombés des arbres de la colonie avant l’envol des jeunes oiseaux (Webster, 1994). La plupart de ces chutes survenant lors de fortes pluies.
Une reproduction « contrôlée » ou « contrôlante » ?
Le Cassique de Montezuma a un comportement reproductif assez singulier qui a suscité un certain intérêt parmi les chercheurs. Plusieurs hypothèses ont été avancées. La constitution de groupes distincts et la concentration spatiale des nids sembleraient « éloigner » certains prédateurs, comme le Vacher géant (Molothrus oryzivorus), un parasite obligatoire des nichées de Cassiques. Comme les femelles nichent en groupes synchronisés au sein de la colonie, les mâles dominants peuvent concentrer leurs efforts de défense et défendre simultanément les quelques femelles sexuellement réceptives à un moment donné.
Il semble également indéniable que la synchronisation au sein d’un groupe distinct de nidification et l’asynchronie relative des autres groupes au sein d’une vaste colonie semblent faciliter l’opportunité pour un très petit nombre de mâles à monopoliser les copulations dans les colonies reproductives de Cassiques de Montezuma.
Il est à noter que le Cassique à tête brune (Psarocollius wagleri) construit des nids encore plus profonds [jusqu’à 2 mètres] et les construit régulièrement à côté de nids de guêpes sociales. Au départ, les guêpes peuvent attaquer les oiseaux bricoleurs, mais après une journée ou deux, les insectes-piqueurs s’habituent à la présence des nouveaux locataires et, bien que les oiseaux s’activent continuellement durant la saison de nidification, les guêpes les ignorent. Mais si un prédateur s’approche du nid, elles attaquent celui-ci. Voilà d’intéressants comportements chez les Cassiques qui méritent notre attention.
Pour en savoir plus :
Sample, R. and R. Kannan (2020). Montezuma Oropendola (Psarocolius montezuma), version 1.0. In Birds of the World (T.S. Schulenberg, Editor). Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY, USA. https://doi.org/10.2173/bow.monoro1.01
Fraga, R. (2020). Chestnut-headed Oropendola (Psarocolius wagleri), version 1.0. In Birds of the World (J. del Hoyo, A.Elliott, J. Sargatal, D. A. Christie, and E. de Juana, Editors). Cornell Lab of Ornithology, Ithaca, NY, USA. https://doi.org/10.2173/bow.chhoro1.01